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Communiqué Vidéo

Cortèges de Braises : Récit de Fred

Un an après les cortèges contre le couvre feu et pour des mesures sanitaires solidaires, et la nasse du pont Maghin, un récit à propos de Fred arrêté ce soir là.

Il y a un an, des cortèges de braises illuminaient le centre ville déserté de Liège.

Plus de 700 personnes répondent au deuxième appel, se rejoignent malgré un important dispositif dissuasif, marchent joyeusement comme ça n’était plus arrivé depuis longtemps et expriment leurs désaccords avec les mesures sécuritaires et excluantes, tout en réclamant et proposant des mesures sanitaires solidaires. Le 28 novembre, peu après 22h, la police met brutalement fin au cortège et nasse pendant plusieurs heures +- 400 manifestant.es sur le pont Maghin, opérant des contrôles d’identité ainsi qu’à une cinquantaine d’arrestations, dans des conditions contraires à tout gestes barrières. D’innombrables convocations ridicules et menaces d’amendes ou procès (en cas de non paiement) ont été envoyées par la suite. De nombreuses personnes rapporteront des tentatives d’intimidations, violences et humiliations.

Parmi les personnes victimes de ces violences, figure Fred. Ce soir là, il allait à vélo chez un ami. Alerté par des cris en passant près du pont, il s’est retrouvé pris dans les brutalités policières qui s’étendaient en marge de la nasse. En cherchant à s’approcher d’une interpellation, sans toucher personne ni montrer aucune agressivité, Fred s’est fait surprendre à être sévèrement immobilisé par 7 ou 8 policiers. La violence et la démesure de l’intimidation qu’il a subit (dont un tabassage au sol et un étranglement) lui ont fait très peur, et mal. Des témoins de la manifestation et du voisinage, également choqué.es, transmettent le lendemain témoignages et vidéos à l’adresse de contact communiquée aux manifestant.es et sur internet : cortegedebraises(at)riseup.net.

Arrêté judiciairement pour « rébellion » (qui est souvent un chef d’inculpation utilisé par défaut par la police pour justifier ses propres violences), Fred est traîné en comparution immédiate le matin même, en même temps qu’un autre malchanceux. Il est directement condamné à un procès pour “rébellion armée” (à l’aide d’un vélo) et “non respect du couvre feu” (charge annulée rapidement puisque anti-constitutionnelle). Il décide finalement de ne pas porter plainte contre la police, inquiet des répercutions que pourraient avoir de telles accusations, comme cela se passe généralement dans ces cas-là… L’avocate en charge de ce dossier a demandé une enquête puisqu’il y avait des témoins, c’est la police qui est allée elle-même récolter les témoignages de ses propres violences auprès du voisinage. Force est de constater qu’après cette visite, les personnes effarées qui avaient pris ces images, se sont elles aussi rétractées et on le comprend.

Avec les charges de “rébellion armée” Fred risquait 6 mois de prison ferme. Il a été condamné à 6 mois de travaux d’intérêts généraux, son vélo a été saisi définitivement comme « une arme » (sur décision de la juge elle même) et ne lui sera jamais rendu. Quand bien même il bénéficie d’un statut de prodéo, il est quitte d’une facture de 400€ de frais de justice à payer.

En outre, la journaliste de la DH Sarah Rasujew, qui a suivi et diffusé son cas dans 3 articles de presse, a dévoilé publiquement sa situation et son identité sans l’en avertir ni même avoir cherché à communiquer une seule fois avec lui.

Aujourd’hui, Fred se demande encore comment faire reconnaître les torts qu’il a subit. 

Il est important de rendre visible ce récit, et de dénoncer les violences physiques, morales et psychologiques de la police qui a agi ce soir là de manière non seulement illégale mais surtout de manière à ce que “tout le monde la déteste”, et avec elle la justice et les autorités qui lui donnent les ordres. Citons aussi la presse/DH qui s’est satisfait de retranscrire la version des forces de l’ordre sans aucun sens critique ou éthique.Si cette vidéo n’a pas été publiée plus tôt, c’était pour ne pas risquer d’influencer dans le mauvais sens ce jugement déjà mal embarqué.

La cagnotte, mise en place pour soutenir les frais de justice et autres besoins vitaux des personnes interpellées lors des cortèges de braises, ainsi que des collectifs et initiatives solidaires envers les personnes marginalisées par le couvre feu participera partiellement à ces charges.  Fred cherche aussi actuellement un endroit sympa, comme lui, pour faire ses heures de TIG. À bon entendeur ?

À lui, et Aux Copain.es Arrêté.es on that Bridge

Nous dénonçons et combattons ce système pénal, carcéral et policier, et toutes ses logiques et pratiques capitalistes, sécuritaires, colonisatrices, classistes, sexistes et discriminatoires.

Solidarités, soins et auto-gestion contre la répression
No justice, no peace
That’s the sound of da police
(continuez de la filmer)