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Partage : Lettre ouverte de La Santé En Lutte aux participant‧e‧s des Boums

Chers “Boumeurs”, Chères “Boumeuses”,

Ce samedi 29 mai à 15 heures aura lieu, au départ de la gare centrale de Bruxelles, la Grande Manif de la Santé : Acte 2 – Grote Betoging van de Gezondheidszorg : 2de Ronde. Celle-ci est organisée et préparée depuis de nombreuses semaines par La santé en lutte et par de nombreux autres collectifs, syndicats et organisations portant divers combats : culture, enseignement, jeunesse, travail social, etc. Toutes ces luttes sont interconnectées et défendent une amélioration des conditions de vie de chacun·e et plus de justice sociale. Après avoir déjà pris la rue en septembre dernier et après huit nouveaux mois de confinement, l’objectif de cette nouvelle manifestation est clair : rappeler qu’il est plus que jamais nécessaire de refinancer la santé afin d’assurer des soins de qualité pour toutes et tous, et de répondre à la crise sanitaire par des mesures solidaires plutôt qu’autoritaires.

Nous voudrions vous appeler, vous, à rejoindre cette manifestation. Nous nous adressons donc ici clairement aux participant·es des événements du Bois de la Cambre, et non à un quelconque collectif s’accaparant le concept de La Boum.

Or, comme vous le savez, le collectif “L’Abîme”, qui avait choisi la date de la “Boum 2” le 1er mai dernier, journée internationale des travailleurs/euses, a décidé de programmer l’édition suivante exactement en même temps que la manifestation pour la Santé.

Une alternative possible

Depuis le début de la pandémie, notre discours a toujours été clair et constant: nous nous opposons au caractère injuste, inadéquat, paternaliste et liberticide des mesures gouvernementales ainsi qu’à la répression massive qui les accompagne. Et nous avons toujours refusé, en tant que professionnel·les des soins de santé et en tant que patient·es, d’être instrumentalisé·es pour justifier cela.

A ce titre, nous nous opposons à l’application de mesures “psychologiques” telles que le couvre-feu qui est une restriction grave de liberté, absurde d’un point de vue sanitaire, injuste et qui augmente l’insécurité dans les rues. A ce titre également, nous nous opposons à l’obligation du port du masque en plein air lorsque la distance physique est évidente (ce qui n’est pas le cas en manif) ; au traçage numérique qui viole le droit à la vie privée ; à l’interdiction de rituels d’accompagnement des mort·e·s ; aux interdictions de visites dans les maisons de repos et autres services et institutions de soins, les prisons, les centres fermés ou tout autres lieux d’isolement ; aux contrôles abusifs principalement dirigés vers les quartiers populaires et les personnes racisées, aux interdictions injustifiées de se rassembler et d’occuper l’espace public, et, bien sûr, au deux poids deux mesures concernant le monde du travail et la vie sociale. Ces mesures nous révoltent et nous nous y opposons fermement.

A la place, nous revendiquons la mise en œuvre de mesures solidaires, justes et adéquates, fondées sur le partage et la diffusion d’informations et de ressources. Nous défendons des mesures sanitaires décidées démocratiquement, à partir du terrain, de la population et pour la population, ceci dans un processus collectif et inclusif.

Contrer la confusion des discours et les mesures inadaptées

Prendre au sérieux les expériences de terrain permet non seulement de contrer les discours défendant des mesures inadaptés ou injustes portées par les gouvernements mais aussi de combattre certains discours toxiques qui alimentent la confusion et font le lit de l’extrême droite.

Parmi ces discours il y a tout d’abord ceux qui prétendent que les mesures sanitaires actuelles seraient “excessives”. Comme l’ont dit d’autres avant nous, il serait absurde de dire que ce gouvernement et les précédents en auraient “trop” fait contre la pandémie. Nos gouvernements n’ont certainement pas “trop” pris soin des personnes âgées ou “trop” adapté les services publics. De manière tout aussi frappante, ils n’ont pas “trop” investi dans les hôpitaux, “trop” soutenu les soignant·e·s, “trop” sanctionné les grandes entreprises qui mettaient en danger leurs salarié·e·s, “trop” fait de propositions et de pédagogie sur comment gérer le risque sanitaire en maintenant au maximum le lien social, ou “trop” pris en charge la fourniture en masques, tests et vaccins. Si ça avait été le cas, nous n’en serions sûrement pas là.

Ce discours des “mesures excessives”, au lieu de parler de mesures inégalitaires ou inadaptées, mène à minimiser, voire à nier le problème en se centrant exclusivement sur les enjeux de liberté individuelle et en oubliant que la liberté de tou·tes dépend nécessairement d’une solidarité collective.

C’est pourquoi, nous dénonçons également les discours qui mettent en opposition les personnes âgées et les plus jeunes. Ceux-ci vont à l’encontre de principes de base de solidarité. Ils invisibilisent le fait que les catégories sur-représentées parmi les cas graves sont avant tout les personnes les plus précaires. Ils oublient aussi qu’il n’est pas nécessaire d’être “à risque” pour développer une forme de covid qui nécessite une hospitalisation et ainsi participer donc à la saturation des services de soins.

Enfin, nous dénonçons les discours qui nient la gravité de la situation dans les hôpitaux. Bien sûr, le manque d’effectif ne se limite pas à la situation de pandémie, c’est un problème structurel et c’est pour cela que notre mouvement existait bien avant celle-ci. Mais cette dernière a mis à rude épreuve le système de soins. Il s’agit de prendre en compte tout ce que cela implique: le nombre de malades covid hospitalisé·e·s a beau cesser d’augmenter et les lits se vider au compte goutte, le personnel, lui, est à bout de souffle et les démissions de personnel se multiplient, ce qui accentue encore plus le manque d’effectifs et la pression sur les services.

Lutter ensemble contre les responsables de cette crise

Alors OUI, nous devons porter, le plus largement possible, une réponse collective à la répression et aux mesures injustes, inadéquates, paternalistes et liberticides. Et, en ce sens, La Boum a été une manière plus que légitime de s’y opposer. Ce que nous appelons à faire à partir de ce 29 mai, c’est à aller un pas plus loin, et dans la bonne direction. A garder notre volonté de faire collectif ainsi que notre esprit festif, tout en osant porter ensemble un discours qui s’attaque aux causes et aux responsables de cette crise, ainsi qu’à l’ensemble de ses impacts en prenant en compte les réalités des plus précarisé·es et des plus réprimé·es.

La cause de cette pandémie, et des suivantes, c’est la destruction des écosystèmes provoquée par son exploitation. Les raisons qui font qu’on galère à ce point à y faire face, c’est la destruction des soins de santé et de la sécurité sociale par les politiques libérales portées par la droite et l’extrême droite. C’est également l’isolement des personnes âgées, handicapées et/ou malades, ces personnes considérées comme “non productives” aux yeux du capitalisme et parquées en marge de notre société. C’est l’exclusion sociale et les discriminations structurelles : le racisme, le sexisme, le classisme, etc. C’est “l’atomisation” de notre société, c’est à dire le fait qu’on est de plus en plus contraint·es à ne pouvoir compter que sur soi-même pour essayer de s’en sortir. Les responsables de ces fragilités collectives sont les mêmes qui profitent aujourd’hui de la crise: les détenteurs de capitaux pour qui destruction et crise sont synonymes d’opportunité, ainsi que les gouvernements qui leur donnent tout loisir de privatiser nos biens communs (nourriture, soin, logement, éducation, etc.), et notre environnement, au mépris même de notre survie.

Cibler les causes réelles et leurs responsables est au centre de notre démarche ! Tant dans nos revendications que dans le fait de construire cette manifestation, et l’ensemble de notre lutte, avec d’autres gens qui se battent contre chacune de ces dimensions.

Si, pour vous qui nous lisez, il est évident que nous partageons ces constats. S’il est évident que ce qui nous anime ce n’est n’est certainement pas de nous opposer à la solidarité ou à la santé, mais, au contraire, à l’injustice, à l’autoritarisme et à la répression. S’il est évident qu’il serait à la fois incohérent et dommageable de participer à la fausse opposition entre santé et vie sociale en superposant La Boum à la manifestation pour la santé et les oublié·e·s. Et s’il est évident, qu’ensemble on est plus fort·e·s. Alors, nous espérons que ce 29 mai sera consacré à réclamer ensemble, en respectant notre sécurité sanitaire, des soins de santé de qualité et des mesures solidaires pour toutes et tous… afin que le droit et la capacité à faire la fête puisse être, pour tout le monde et pour toujours, une évidence.

Solidairement,

La santé en lutte