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Communiqué Compte rendu

Compte rendu Medic: Cortège de braises

Ce samedi 28 novembre, à 21h dans le centre-ville de Liège, a eu lieu une manifestation contre les mesures sécuritaires du gouvernement, comme le couvre-feu, et en faveur de mesures sanitaires solidaires. Nous étions présent·es parmi plus de 700 personnes qui s’étaient déplacées.

Après un peu plus d’une heure, le cortège, qui était parti de la place Saint-Lambert malgré le dispositif policier intimidant, a été stoppé. Environ 400 personnes se sont retrouvées bloquées sur le pont Maghin par des autopompes et des policiers armés qui coupaient les accès de part et d’autre. Le reste a pu s’échapper avant que les barrages ne soient parfaitement en place. Nasser un si grand groupe, dans le noir, sous pression, au-dessus de la Meuse qui était très basse et froide, était irresponsable. Heureusement, aucun accident n’a été à déplorer à ce niveau-là.

Nous avons relevé de nombreux actes violents totalement disproportionnés de la part de la police. Tout d’abord, lors des arrestations, une vingtaine de personnes ont été plaquées au sol, et parfois tabassées à la matraque alors qu’elles étaient déjà neutralisées et bien que certaines d’entre elles n’avaient opposé aucune résistance. Trois d’entre elles se sont déclarées blessées lors de leur arrivée au commissariat selon la police. Une personne a été blessée au crâne, au point que du sang coulait dans ses cheveux. Entre trois et six arrestations judiciaires ont eu lieu, selon les informations policières qui se contredisent sur ce point.

En outre, en-dehors de la nasse, un cycliste qui venait de l’extérieur de la manifestation a été lui aussi plaqué au sol, et roué de coups par des policiers armés pendant environ 7 minutes. Cela s’est déroulé derrière des barrières de chantier, déplacées par un officier pour cacher la victime. Une technique d’étranglement a été utilisée, ainsi qu’un genou sur la nuque et il a été tiré par les pieds. Alors qu’il commençait à avoir vraiment des difficultés à respirer, ses cris de douleurs et ses appels au secours ont attiré l’attention de citoyen·nes habitant la rue qui ont pu filmer la scène. La vidéo sera bientôt publiée ici.

De plus, nous pointons de nombreux faits d’humiliations et des agissements qui s’apparentent à de la torture, tout au long de l’intervention policière, du début de la nasse jusqu’au relâchement des personnes détenues. Nous avons pu en observer, d’autres nous sont revenus grâce à de nombreux témoignages.

Tout d’abord, la police nous a empêché de procurer des couvertures de survie aux personnes qui ont été longtemps immobilisées dans la nasse, au-dessus de l’eau et à découvert complet du vent glacial.

Ensuite, la cinquantaine de personnes, dont deux sont mineures, qui n’étaient pas identifiables sur place et ont été emmenées en garde-à-vue au commissariat rue Natalis, se sont vues maltraitées à plusieurs égards. Parmi elles, une manifestante s’est vue refusée la possibilité d’uriner malgré des demandes répétées, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus se retenir. Les policiers l’ont forcée à nettoyer elle-même, ce qui en plus d’être volontairement humiliant est aussi illégal. Une autre personne, à qui l’accès aux toilettes a aussi été interdit, s’est urinée dessus tandis qu’elle et les autres étaient retenues par terre (pendant plusieurs heures), mains colsonnées dans le dos, dans le parking du commissariat. Un policier a alors utilisé son téléphone personnel pour le prendre en photo tout en se moquant. Il a refusé de donner son matricule. En cellule, les personnes assignées hommes n’ont pas reçu de couvertures, certaines ont donc passé la nuit en slip et t-shirt malgré le froid. Elles n’ont reçu ni eau ni nourriture. Les personnes assignées femmes n’ont pas reçu à manger non plus alors que l’arrestation a duré jusqu’à 10 heures du matin le lendemain pour certain·es.

Tout au long de l’arrestation, des pressions ont été exercées par des menaces et des mensonges, tels que “On va vous garder 24h puis vous envoyer en centre fermé” ou “Vous aller perdre vos allocations si vous ne donnez par votre identité”.

Les policiers ont essayé d’allumer les téléphones portables et ont fouillé dans ceux qu’ils ont pu, portant gravement atteinte à la vie privée des manifestant·es. S’ajoute à cela le fichage politique généralisé opéré grâce à des photos individuelles de chaque participant·e prises lors de l’identification.

Enfin, nous déplorons le non-respect, dans les ordres de la police, des précautions appropriées par rapport au coronavirus, en particulier à la fin de la nasse. En garde-à-vue, il y avait une quinzaine de personnes par cellule, sans aération.

Alors que les manifestant·es souhaitaient visibiliser les réalités des plus impacté·es par le couvre feu, la ville et l’état confirment leurs politiques sécuritaires et répressives. Le couvre-feu n’est décidément pas une mesure sanitaire. Solidarité avec toutes les personnes enfermées, violentées et/ou verbalisées par la police, partout ! 

Si vous avez été témoins ou victimes de la répression exercée lors de cette soirée, que vous avez des informations, des images, concernant des personnes manquantes à l’appel ou que vous avez reçu une amende, contactez cortegedebraises@riseup.net.